Lila Hajosi : cheffe de chœur

Est-il possible d’être à la fois une interprète classique et une artiste engagée ? Personnalité forte du paysage musical français, Lila Hajosi répond sans ambiguïté : “Oui, bien sûr ! On n’ose pas condamner les gens qui prennent la parole aujourd’hui. Les temps ont changé, et c’est une excellente nouvelle !” Artisane de ce changement, elle fait partie de ces artistes qui ont le goût du risque et qui préfèrent la tribune artistique que leur offre l’indépendance au confort d’une carrière établie au sein d’une institution.
Sa personnalité s’exprime depuis la base solide d’un collectif qu’elle a fondé en 2015 : l’ensemble Irini. “Quand j’ai fondé Irini en 2015, nous étions en pleine guerre en Syrie, avec des vagues d'attentats qui frappaient la France et menaçaient de nous fracturer. Moi qui suis issue d’une famille multiculturelle, j’ai été très touchée par cette période. Irini veut dire ‘paix’ en grec, ce n’est évidemment pas anodin.” Les programmes que Lila Hajosi et ses collègues imaginent sont des assemblages qui portent un sens au-delà de leur beauté évidente. “Il y a toujours plusieurs niveaux de lecture dans nos programmes, c’est réfléchi. Je ne sais pas si l’approche est volontairement moderne, mais ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas faire autre chose”, affirme Lila Hajosi.
En 2025, être à la tête de son propre ensemble n’est pas qu’une question de compétence musicale. Il faut connaître les enjeux d’administration des structures, de management, d’organisation : “Je me sens comme une cheffe d’entreprise autant qu’une artiste aujourd’hui, et ça me plaît ! J’ai d’ailleurs suivi des formations complémentaires pour apprendre à gérer les à-côtés, tout ce qui entoure les concerts en eux-mêmes. La réalité, c’est que je consacre 80 % de mon temps à gérer Irini, et 20 % à faire de la musique !”, atteste Lila Hajosi. Quant à savoir si le fait d’être une femme change son expérience du métier, la cheffe de chœur répond librement : “À titre personnel, je ne ressens pas tant de difficultés, mais c’est dû à mon caractère, je pense. C’est une chance pour moi, mais ça ne devrait pas en être une ! Les petites, les timides : tous les caractères devraient pouvoir émerger.”
©Ensemble Irini