Yannis François, le couronnement d’un chanteur-danseur

Après une carrière de danseur et une reconversion dans le chant lyrique, ce baryton-basse a profité du programme de mentorat Equilibrium Young Artists de Barbara Hannigan, que la Fondation d'entreprise Société Générale C'est vous l'avenir soutient depuis sa création. Un passage clef dans une carrière très prometteuse.

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En ce mois de juillet 2022, Yannis François est à l’affiche du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence dans l’opéra baroque Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi. Une consécration pour ce chanteur au parcours étonnant. Bénéficiaire du programme Equilibrium Young Artists (EQ), soutenu par la Fondation d'entreprise Société Générale C'est vous l'avenir, il a été guidé par la soprano et chef d’orchestre Barbara Hannigan. « J’ai fait partie de la toute première promotion de EQ, de la saison 2018-2019, année de mes premiers grands projets artistiques, retrace Yannis François, 40 ans. Grâce au programme EQ j’ai pu monter sur des grandes scènes comme l’Opéra de la Monnaie à Bruxelles ou la Maison de la radio et de la musique à Paris. Et cela m’a permis de trouver un agent ! »

 

Avoir un agent est une étape essentielle pour la construction d’une carrière artistique. Un soulagement pour Yannis François qui a dû se battre pour en arriver à ce niveau. «  Je suis né en Guadeloupe, où j’ai commencé à apprendre la danse dans un cours privé. Comme il n’y a pas de conservatoire de musique et de danse en Guadeloupe, j’ai dû me former seul et partir très tôt en Europe. A 14 ans, je me suis retrouvé à 8000 kilomètres de chez moi, noir dans des villes à majorité blanche, confronté à une autre culture. Tout cela pour avancer dans ma formation. » Le prodige Yannis François passe avec succès les auditions auprès de deux écoles supérieures : le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et le Ballet Béjart Lausanne en Suisse. « Je ne savais pas qui était le grand chorégraphe Maurice Béjart, et tout à coup il était là… », se souvient Yannis François, amusé. 

Yannis François

Plusieurs cordes à son arc

En Suisse, son parcours prend une direction étonnante. « A la différence du Conservatoire de Paris à l’époque, l’école du Ballet Béjart proposait aux étudiants d’assister à des cours d’arts martiaux, de théâtre et de chant. Le jour de mon essai, j’ai entendu un cours de chant. Ça m’a décidé : j’avais toujours eu envie d’essayer de chanter depuis que j’avais vu le film Farinelli. » Au fil des sessions, le jeune baryton-basse se rend à l’évidence. « Tu as une voix », lui disent ses professeurs. Maurice Béjart lui-même remarque la voix de Yannis et l’encourage à poursuivre une carrière de chanteur en parallèle à celle de danseur. Le grand chorégraphe rajoute régulièrement des moments chantés pour Yannis dans ses ballets. Le baryton obtiendra un Master en Chant Lyrique à la Haute-École de Musique de Lausanne en 2010. « Je ne connaissais pas le solfège, je n’avais pas eu de parcours de musicien depuis l’enfance… mais je savais respirer et n’avais aucun problème quant à la gestion du corps : des atouts vis-à-vis des autres chanteurs. » Yannis a dansé au sein du Béjart Ballet (Compagnie M) de 2002 à 2004. Sa carrière de chanteur débute en 2006, à presque 24 ans.

 

Avoir plusieurs casquettes est une chance mais aussi une contrainte : « En France on nous demande de cloisonner la danse et la musique. On me conseillait de choisir, et j’en étais incapable. Aux Etats-Unis, en Amérique en général, c’est l’inverse : on incite les jeunes artistes à développer plusieurs compétences, à l’exemple des comédies musicales où les chanteurs sont aussi danseurs. Barbara Hannigan possède cette ouverture d’esprit. Elle cherche des personnalités singulières. C’est parce qu’elle a su que j’avais fait de la danse qu’elle a voulu me recruter. »

Une entraide essentielle

Reconnue internationalement comme chanteuse et chef d’orchestre, la soprano canadienne Barbara Hannigan a fondé son programme de mentorat Equilibrium pour aider les débuts de carrière de jeunes chanteurs et instrumentistes professionnels. « EQ leur offre des outils pour bien se connaître afin de mieux affronter une performance, résume Barbara Hannigan. Ils doivent intégrer les réflexes, l’attitude et la discipline pour être les plus performants possibles sur scène. Le tout afin de garantir qu’ils gardent un bon mental dans leur vie professionnelle et personnelle. » Pour la première saison d’Equilibrium, en 2018-19, les candidatures de plus de 350 musiciens de 39 pays ont été examinées. Quatre apprentis chefs ont été choisis ainsi que 20 jeunes chanteurs professionnels venus de 11 pays différents, dont Yannis François.

 

Quand ils ne sont pas en répétition ensemble, ils communiquent via le réseau WhatsApp. « Nous avons un groupe très actif, confie Yannis. On s’échange des partitions, un film qui nous a intéressés, un concert qui nous a touchés. Une question technique ? Comment prononcer un mot dans un opéra ? On échange. Nous ne formons pas une troupe car chacun a sa carrière, mais EQ est une petite famille dont les membres s’entraident. C’est précieux car chanteur est un métier où l’on est seul la plupart du temps, même si l’on va se retrouver avec 60 collègues pendant les quelques jours de préparation d’un opéra ». Cette solidarité fut essentielle pendant les confinements de 2020 qui ont provoqué l’arrêt des voyages, des concerts et la suspension du programme Equilibrium Young Artists (EQ).

Yannis François et Barbara Hannigan en concert

De bons conseils

Grâce à Equilibrium Young Artists (EQ), Yannis François a participé à des productions comme un Rake’s Progress de Stravinsky à l’opéra La Monnaie de Bruxelles et le Requiem de Mozart avec l’orchestre philharmonique de Radio-France, une fois la reprise des concerts. Il a chanté en première partie d’un récital de Barbara Hannigan, salle Gaveau à Paris. « J'attendais énormément de choses de ce programme mais au début je pensais qu’il serait principalement axé sur l’apprentissage musical. J’ai imaginé d’abord tout ce que je pourrais apprendre avec Barbara Hannigan, en la regardant, en analysant sa carrière et comment elle a géré les choses. Au final, faire partie de EQ m'a fait prendre conscience de bien plus : ce qu'est un réseau professionnel, comment penser au futur ou mettre par exemple des news sur les réseaux sociaux ! »

 

 

Entre le mentor et son élève, il n’y a pas de question idiote : « Je ne savais pas quel régime alimentaire opter pour les jours de concerts, se rappelle Yannis en souriant. Chanter dans un opéra est une performance physique. On ne veut pas s’alourdir mais il faut tenir un opéra de plusieurs heures, même si on ne chante pas tout le temps. Barbara m’a répondu tout de suite ! », se souvient-il, impressionné par la disponibilité de son mentor. Yannis François a certainement appliqué ses bons conseils pour affronter du 9 au 23 juillet le public du Théâtre du jeu de Paume à Aix-en-Provence.

Yannis François

Crédits : Augustin Laudet